Un musée du verre.. le Musverre

Ah bon, il est possible de faire tout ça avec du verre!!
Le Musverre est une mine! Une mine de créativité et d’idées invraisemblables…
Le musée décline le verre dans tous ces états. Tantôt les vitrines ou les salles abritent des pièces qui ressemblent à de la dentelle ou à un travail d’orfèvre, tantôt il s’agit d’œuvres plus imposantes. Quoiqu’il en soit c’est un régal pour les yeux… et il ne faut pas être connaisseur ou fan des arts plastiques pour apprécier.

Le Musverre met aussi nous parle aussi des épis de faîtage. Ces éléments du « folklore local » garnissaient et garnissent encore plusieurs toits de ce petit coin de France qu’est Sars-Poterie

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  • Epis de faîtage (extrait de l’ouvrage « Les Bousillés, un souffle de liberté. », auteures : Aubert Séverine, Painchart Nathalie, Cordonnier Aude ; Eds Invenit ; 2018)

À l’origine, l’épi de faîtage, en céramique et en zinc, sert de protection contre les intempéries au faîte des maisons qu’il vient recouvrir. Il assure ainsi l’étanchéité de la charpente.

L’originalité de Sars-Poteries est de présenter des épis de faîtage en verre. Il s’agit alors, selon toute vraisemblance, d’une parure de toit. Pouvant atteindre jusqu’à 80 centimètres de hauteur, il était soufflé dans un verre transparent ou opalin, de diverses couleurs : blanc, bleu, violet, jaune-ambré, doré ou également argenté.

Ceux de la collection du MusVerre sont violet ou ambre.

Les informations sur ces objets manquent cruellement et aucune date de création ne peut être donnée.

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Quelques rares mentions d’objets se rapprochant d’un épi de faîtage apparaissent dans des documents liés à des manufactures. Le plus ancien exemple se trouve dans le registre de compte des clients de la verrerie Nizet de Liège (Belgique) pour les années 1770-1785 qui signale un certain nombre d’articles en verre dont, parmi eux, des « boulles de toit »[1]. Sans aucun doute purement décoratif, boule de toit ou épi de faîtage, quelle que soit la dénomination, elle ne se retrouve plus par la suite et aucun objet de cette production ne nous est parvenu.

Le catalogue de vente du Parisien Léon Camus de 1889, repris en 1901, fait état, parmi les « bagues et boules de paratonnerres », d’une « boule à trou borgne » qui se rapprocherait vaguement de l’épi de faîtage, mais en verre massif plein moulé sphéroïde[2].

À Sars-Poteries, ces ornements ne figurent pas dans le catalogue de vente des verreries de Sars-Poteries datant de 1885. Il semblerait qu’ils soient apparus au XXe siècle. Selon une tradition orale, ils se trouvaient uniquement sur les maisons de verriers. Ce serait effectivement possible car Marie-Louise Imbert[3], siégeant au Conseil d’Administration des verreries de 1918 à 1937, veillait à ce que chacun de ses ouvriers puisse devenir propriétaire au sortir de la Grande guerre[4]. L’épi de faîtage aurait alors été installé en signe de fierté et d’appartenance. Louis Mériaux[5] rapporte les propos du père Louis Désenfant sur l’épi de faîtage : « C’était le drapeau du verrier qui l’habitait. Comme beaucoup de verriers […] Ils portaient leur métier aux nues, alors ils plantaient du verre dans les nuages, à la pointe de leurs toits ». Les épis de Sars-Poteries n’avaient  aucun intérêt commercial pour l’industriel, et devaient être considérés par  les verriers de l’époque  comme un moyen d’exprimer la pleine maîtrise de leur art, sorte « d’armoiries corporatives[6] ». D’après un descendant de verriers, les épis auraient été réalisés par le chef de place pour récompenser les ouvriers méritant de son groupe. Ce qui étaye cette hypothèse. Néanmoins, d’autres témoignages divergent comme ceux qui évoquent de la présence des épis sur les estaminets.

Le doute persiste sur ces affirmations et également sur le nombre d’épis présents sur les toits des maisons de Sars-Poteries. D’aucuns[7]affirment qu’il en existait une centaine en 1900, tandis que d’autres[8], se basant sur l’observation des cartes postales de l’époque, pensent qu’il n’y en avait au final que très peu. Cela étant, après les deux guerres mondiales et notamment la chute d’un V1 (un des premiers missiles de l’histoire aéronautique) le 15 novembre 1944, il n’en restait plus qu’une quinzaine.

Actuellement, il reste encore quelques anciens épis de faîtage dans le village que le temps a malheureusement beaucoup dégradés. Sous l’effet du vieillissement, le verre a bruni ou jauni et sa couleur d’origine s’en trouve fort altérée.

Ces épis sont constitués de deux parties : un pied et une sphère surmontée de la pointe. Leur forme proche des épis traditionnels en céramique ou en zinc rappelle celle des bulbes des clochers des églises de l’Avesnois.

Avec la volonté de prolonger cette tradition et de constituer un patrimoine vernaculaire, le MusVerre mène depuis 1999 des campagnes permettant aux habitants de Sars-Poteries et des trois villages les plus proches (Beugnies, Dimont, Lez-Fontaine[9]) d’orner le toit de leur maison d’épis de faîtage modernes, soufflés à l’atelier du verre. De même forme que les anciens, ils s’en distinguent toutefois intentionnellement par la présence d’une petite boule supplémentaire à leur sommet

Bibliographie :

PIERRARD André et ALLAIN Jean-Marie, Les bousillés, œuvre dactylographiée, vers 1991.
VANLATUM Anne, PALAUDE Stéphane et al., Les bousillés, les créations des verriers de Sars-Poteries, catalogue d’exposition, Editions du Musée-atelier départemental du verre, Sars-Poteries, 2013.

[Catalogue de vente de la] Fabrique de cristaux, porcelaines, cuivrerie& serrurerie pour Bâtiment, Ameublement, Chemins de fer et Marine, Léon Camus, Paris, Édition du 1er septembre 1889, repris au 19 décembre 1901, Imp. Oberthur, Rennes-Paris, 1889

MERIAUX Louis, Les bousillés… Une passion pour le verre, version dactylographiée, vers 1992.

[1] Registre de compte des clients, 1770-1785 ; Fonds Nizet-Melotte, Arch. État Liège, Belgique, V1/14-6 (cote actualisée).

[2] [Catalogue de vente de la] Fabrique de cristaux, porcelaines, cuivrerie & serrurerie pour Bâtiment, Ameublement, Chemins de fer et Marine, Léon Camus, Paris, Edition du 1er septembre 1889, repris au 19 décembre 1901, Imp. Oberthur, Rennes-Paris, 1889, pl. 36.

[3] « Retour aux sources, Marie-Louise Imbert, L’intelligence et le cœur », L’École à l’hôpital, 1994.

[4] Palaude, 2013, p. 28

[5] Louis Mériaux, vers 1992, p.2.

[6] Pierrard et Allain, 1991, p. 45.

[7] Pierrard et Allain, 1991, p. 44.

[8] Palaude, 2013, pp.27-28.

[9] Dans ces villages a été attestée la présence de verriers.

Pour en savoir plus:

  • Adresse: 76, Rue Du Général De Gaulle, 59216 Sars-poteries
  • Téléphone: +33 3 59 73 16 16
  • Site Web: musverre.lenord.fr

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